Attentat contre Charlie Hebdo : Les ratés des services de sécurité français 1

12 janvier 2015

Actualité - Monde

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Maintenant que le rideau est tombé sur la tragédie en cinq actes, qui, trois jours durant, a tenu la France entière en haleine et dont le dénouement a été, grâce à un concours du hasard, il faut le dire, moins tragique que l’on ne pouvait le redoutait, l’heure est aux bilans.

Retour sur un horrible carnage

- Mercredi, il est aux environs de onze heures, peut être un peu moins, quand une petite Citroën C3 de couleur noir avec deux hommes, ou trois selon certains témoins, à bord s’arrête à quelques mètres du siège du journal  satirique Charlie Hebdo, situé au 10 rue Nicolas Appert dans le XIe arrondissement de Paris.  Habillés en noir, cagoulés et armés de fusils d’assaut de type Kalachnikov, deux hommes s’introduisent dans le hall d’accueil et ouvrent immédiatement le feu sur deux agents d’entretien dont l’un est tué. Puis, montent au deuxième étage, s’introduisent dans la salle où se tient la conférence de rédaction hebdomadaire et ouvrent le feu. Une trentaine de coups de feu partent des deux Kalachnikovs. Neuf personnes sont mortellement atteintes : des journalistes, une psychanalyste, un invité et un policier chargé de la protection de Charb. L’assaut n’a pas duré plus de cinq minutes… Selon Libération, citant une source proche du dossier, c’est Charb qui était avant tout visé. « Les deux assaillants le cherchaient dans la salle. Ils l’ont tué puis ont arrosé tout le monde », a-t-elle indiqué.

On aura noté qu’il n y avait bizarrement pas de sécurité devant le siège de Charlie Hebdo, pourtant plusieurs fois menacé depuis 2006

Les assaillants quittent les locaux sans réellement se précipiter, puis embarquent dans la C3 en scandant « Allah Akbar, on a tué Charlie Hebdo, on a vengé le prophète Mohammed ». Pourquoi ont-ils scandé ces slogans, juste avant de quitter les lieux ? Certainement pas en signe d’épilogue du forfait accompli…Il fallait peut être comprendre que c’était là un message à l’adresse du troisième homme évoqué par certains témoins. Et cet homme ne pouvait être que leur complice Amedy Koulibaly à qui ils indiquaient que la mission était accomplie et qu’il lui appartenait désormais de se préparer pour mettre en scène l’acte deux de la tragédie : une diversion qui faciliterait leur fuite.

Les deux assaillants, considérés dès cet instant comme des terroristes djihadistes, qui empruntent la rue «  l’Allée verte » sont accrochés par une première patrouille de police. Un bref échange de coups de feu sans blessés. Puis par une deuxième patrouille à vélo. Là aussi aucun blessé. Ils croisent enfin une troisième patrouille de policiers à pieds sur le Boulevard Richard Lenoir sur laquelle ils ouvrent le feu. Les deux policiers sont abattus, l’un froidement exécuté d’une balle dans la tête…Il s’appelait Ahmed et était franco

Pendant leur fuite, vers le Nord de Paris, les deux assaillants prennent la direction de la porte de Pantin. Chemin faisant, ils percutent une Volkswagen Touran, place du Colonel Fabien dans le XIXème arrondissement dont la conductrice est légèrement blessée. Ils abandonnent ensuite leur C3 à la rue de Meaux et braquent une Clio grise. «Descends, on a besoin de ta voiture.». L’homme qui s’est exécuté a juste le temps de récupérer son chien, qui était à l’arrière du véhicule. Les deux hommes s’éloignent sans lui faire de mal en lui demandant de faire passer un message : «En partant, ils m’ont dit : « Si jamais, tu t’adresses… enfin, si les médias t’interrogent, tu diras : « C’est Al-Qaeda au Yémen ».».

«Ils étaient en tenues paramilitaires et avec leurs armes à la main, très calmes, très sereins, très professionnels, pas énervés. Ils ont jamais couru, ni élevé la voix. Ils n’étaient pas transpirants. Ils donnaient l’impression d’être en opération. Des gens qui avaient l’habitude du maniement des armes et qui n’avaient pas peur mais très déterminés.», dira t-il à RTL.

Pendant ce temps un dispositif de sécurité est mis en place pour leur donner la chasse. 3500 policiers, CRS et gendarmes sont mobilisés à cette fin. Le plan Vigipirate est activé à son niveau maximum : l’alerte attentat.

En conséquence de quoi les sorties scolaires et les activités hors des établissements ont été annulés ; le stationnement aux abords des établissements est également interdit ; les lieux de culte, les transports, les grands magasins et les médias ont été placés sous protection renforcée. Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve dit avoir envoyé une note à tous les Préfets de France afin qu’ils renforcent les conditions de sécurité dans toutes les institutions et dans tous les transports du pays.

Un heureux concours du hasard : Une carte d’identité découvertes dans la C3 des assaillants

Dans la C3 abandonnée les enquêteurs découvrent une carte d’identité appartenant à l’aîné des frères Kouachi. L’indice qui a toutes les allures d’une signature est d’une grande importance. D’autant  plus que les deux frères Kouachi ont eu maille à partir par le passé avec la Justice française en raison de leur proximité avec des milieux djihadistes, notamment avec la filière islamiste dite des Buttes Chaumont. Bizarrement, ils ne font l’objet d’aucune surveillance particulière…

En début de soirée la liste des victimes est communiquée. Outre les dessinateurs Cabu, Charb, Wolinski et Tignous, y figurent le dessinateur Philippe Honoré, l’économiste Bernard Maris, chroniqueur à France Inter, la psychanalyste Elsa Cayat, le correcteur Mustapha Ourrad (qui venait d’obtenir la nationalité française), Frédéric Boisseau, un agent d’entretien assassiné en premier, Michel Renaud, un invité de la rédaction de Charlie Hebdo venu rencontrer le dessinateur Cabu afin de lui remettre des dessins prêtés lors de la dernière édition de la biennale de Clermont-Ferrand. Les tireurs ont enfin tué un policier du service de protection des personnalités, Franck Brinsolaro, affecté à la protection de Charb et un second policier rattaché au commissariat du 11e arrondissement, Ahmed Merabet.

Avec deux terroristes lourdement armés en cavale, et un troisième dont on n’était pas encore tout à fait sûr de l’existence, la France passa une nuit d’angoisse et ne savait pas à quoi allait ressembler la suite des évènements.

Acte deux de la tragédie : entrée en scène d’Amedy Koulibaly

Pendant que les auteurs de l’attentat commis la veille – mercredi – contre Charlie Hebdo sont traqués, une fusillade éclate le jeudi tôt le matin à Montrouge dans les Hauts-de Seine. Une policière municipale est  tuée par balles peu après 8 heures, avenue Pierre-Brossolette, alors qu’elle intervenait sur un accrochage entre deux voitures. Elle a été touchée par deux balles, dont l’une l’a atteinte à la gorge selon une source policière. L’auteur des tirs, un homme habillé en noir, tire au moins trois coups de feu avec une arme automatique de l’intérieur d’une Clio avant de prendre la fuite.

L’agent, Clarissa Jean-Philippe, d’origine martiniquaise, avait 26 ans. Célibataire et sans enfant, elle était officiellement titulaire depuis quinze jours. Elle portait un gilet-par-balles mais n’était pas armée déplore ses collègues qui ne comprennent pas que «  les Maires mettent encore aujourd’hui des policiers municipaux non armés pour surveiller les lieux sensibles, avec ce qui se passe ce n’est pas normal

«L’année 2015 sera durablement marquée. Nous ne sommes pas en mesure de riposter face à des rafales de tirs d’armes de guerre.» explique Fabien Golfier, chargé de la police municipale à la Fédération autonome de la fonction publique territoriale.

L’enquête initiée sur la base des CIN trouvées dans la Citroën C3 tente d’établir un lien entre l’attaque de Charlie Hebdo et la fusillade de Montrouge. Un suspect est assez rapidement identifié : Amedy Koulibaly. Il fréquentait l’un des frères Kouachi. Deux avis de recherche sont alors établis, via un appel à témoin émis par la préfecture de police de Paris. L’un le concerne. La deuxième personne recherchée est sa compagne Hayat Boumedienne, née le 26 juin 1988. Elle serait passée en Syrie via la Turquie il y a dix jours

Cet homme de 32 ans est bien connu des services de police. En décembre 2013, il a été notamment condamné à cinq ans de prison pour avoir préparé la tentative d’évasion ratée de Smaïn Aït Ali Belkacem, l’artificier des attentats du Groupe islamique armé (GIA) à Paris en 1995.

Arrêté et incarcéré en mai 2010, il est sorti de prison le 4 mars 2014. Il porta  un bracelet électronique qu’il a gardé jusqu’au 15 mai 2014, date de la fin de sa peine. Il avait bénéficié d’une remise de peine d’une année.

Né à Juvisy-sur-Orge dans l’Essonne le 27 février 1982, Amedy Coulibaly, surnommé «Doly de Grigny», habitait à Bagneux dans les Hauts-de-Seine au moment de son arrestation le 18 mai 2010. Chez lui, les enquêteurs ont découvert 240 cartouches de calibre 7,62 mm et des photos prises avec l’islamiste radical Djamel Beghal impliqué dans un projet d’attentat contre l’ambassade des Etats-Unis à Paris. Les enquêteurs ont également trouvé chez Coulibaly une lettre écrite en arabe, destinée à un certain Omar en Belgique, «sollicitant de faux documents administratifs d’une très grande importance qui dépasse mes intérêts personnels», notait l’auteur de cette lettre sans que l’on sache si c’est Coulibaly ou Beghal qui l’avait écrite.

Un lourd passé de braqueur

D’origine africaine, Amedy Coulibaly est le seul garçon d’une famille de 10 enfants. Son casier judiciaire témoigne d’un lourd passé de braqueur alors qu’il n’avait même pas 18 ans. En 2001, il a été condamné à trois ans de prison ferme dont deux avec sursis par le tribunal d’Evry, puis la même année, à quatre ans d’emprisonnement dont deux avec sursis toujours pour des «vols aggravés». En 2002 encore, à douze mois dont neuf avec sursis pour vol aggravé et recel. En 2004, le voilà renvoyé devant la cour d’assises des mineurs du Loiret qui lui inflige six ans de prison pour un vol à main armée dans une agence BNP avec deux complices pour un butin de 25 000 euros. En 2005, le tribunal correctionnel de Paris condamne Coulibaly à trois ans d’emprisonnement pour «vol aggravé, recel et usage de fausses plaques d’immatriculation». De plus, en mai 2007, il prend dix-huit mois pour trafic de stupéfiants. Enfin, le projet d’évasion de Belkacem prévu avec son pote Beghal lui valent le 20 décembre 2013 cinq ans ferme.

Aujourd’hui, la question est de savoir comment les services de sécurité français ont-ils pu lever les yeux de sur ce multirécidiviste dont les multiples passages par la prison ont fait basculer dans le radicalisme.

A suivre…

 

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