L’Europe des navires-prisons
Posté par jamal le 14 février 2008
Des navires-prisons ? Oui, il en existe toujours !
C’est avec stupéfaction que j’ai appris qu’il y avait encore quelques uns parmi les hommes, qui ont gardé des réflexes de négriers….Des émules de Théodore Canot !
Des navires-prisons au large de l’une de ces républiques bananières ; là où on s’entête encore à vouloir arrêter le temps, à défier l’histoire et le cours naturel de l’évolution des nations et des hommes ? Rien de tout cela !
Ce n’est ni au large de Djibouti, ni dans le delta du Mékong !
C’est au cœur de l’Europe Unie qu’il y a un mouroir flottant ! Pas bien loin d’ailleurs, du lieu où est née la déclaration des droits de l’homme…ni loin non plus des enceintes de cours où est souvent rendue la justice au nom de cette même déclaration.
C’est au cœur de cette vieille Europe, cloisonnée sur son opulence et sur son égoïsme, qu’existent encore des lieux hideux de l’exclusion, appelés pudiquement centres de rétention.
Il en est même un, qui tangue tragiquement entre le carrément inacceptable et le totalement inhumain : le navire-prison de Rotterdam flotte honteusement sur les eaux d’un plat pays que plus personne n’aura peut être plus envie de chanter.
Dans la nuit du 2 au 3 février courant Karim, un jeune Algérien, est décédé sur le « Bibby Stockholm ». C’est comme ça que l’on a baptisé, pour je ne sais quelle tendre raison, ce navire-prison.
Des témoins ont raconté que Karim souffrait d’un malaise cardiaque et que malgré tous les appels de ses codétenus, les gardiens se sont juste limités à lui administrer du sirop contre la toux. Abandonné, Karim rendit l’âme deux heures après, sous les yeux de ses camarades. En dépit des nombreux appels pressants, les gardiens n’ouvrirent les portes pour retirer son corps inerte qu’après deux autres longues heures.
Le 27 octobre 2005, 11 locataires du centre de rétention de l’aéroport Schiphol d’Amsterdam crament dans un incendie, 15 autres ont été gravement blessés. Là non plus, les gardiens n’ont pas voulu ouvrir les grilles…
Le centre de départ, ou de rétention, de Ter Apel, tout au nord des Pays-Bas, proche de la frontière allemande, se trouve littéralement au bout du monde.
Cet ancien dépôt de l’OTAN affiche une gloire passée : des bâtiments écaillés et de mauvaises herbes partout. Le haut grillage, les gardiens et l’obligation de se présenter deux fois par jour, rappellent encore et avec force son passé militaire.
« Je sors en très mauvais état », »Les gens surgissent avec tous les stigmates de la misère morale » Ce sont là quelques unes des déclarations d’élus français à leur sortie du centre de rétention du Mesnil-Amelot. Un député du P.S a pour sa part souligné « les conditions matérielles médiocres, mais surtout l’extrême détresse morale et psychologique » des retenus. C’est là le vrai visage de cette Europe que ses gouvernants veulent transformer en véritable forteresse impénétrable aux jeunes de pays autrefois colonisés. Cette Europe qui, en revanche, pour les besoins de son économie, avait fait appel à cette force de travail à bon marché….et à ses « indigènes » qu’elle avait enrôlés pour venir à bout des forces nazies.
L’Europe est en droit, au nom de toutes les raisons qu’il lui plairait d’avoir, de s’empêtrer dans ses contradictions en ouvrant ses marchés aux capitaux et en fermant son espace aux hommes. Elle n’est cependant pas en droit de le faire en bafouant au passage droits et dignité. ..Et en prônant des valeurs qui depuis longtemps ont cessé d’être les siennes ?
Je peux parfaitement comprendre que l’Europe refuse de s’encombrer de toutes les misères et de tous les gueux qui viennent d’ailleurs. Cependant je comprend moins bien quand elle ne se gène pas pour siphonner les meilleurs d’entre nos cadres.
Encore moins, quand elle n’investie que dans les barbelés et les tourelles….
Publié dans | Pas de Commentaires »








Un Blog, des Blogs - Vous pouvez, vous aussi créer un blog !